Séries de points espacés servant d'élément visuel au site Lines diagonales avec un X servant d'élément visuel au site Séries de points espacés servant d'élément visuel au site X encadré servant d'élément visuel au site
Publié le 7 mai 2026 Icône d'un sablier démontrant le temps de lecture 5 minutes 4 secondes

Derrière les images virales : ce que l’IA change vraiment en animation 3D

Cet article s’inscrit dans une série consacrée à l’intégration de l’intelligence artificielle dans les programmes du Cégep de Matane. Les avancées technologiques redéfinissent les pratiques pédagogiques et professionnelles de façon continue. Cette série propose un éclairage sur les initiatives mises en place en 2026 et reflète l’état des lieux à ce moment précis.

 

En seulement quelques clics, l’intelligence artificielle (IA) est capable de générer des images, des décors et même des séquences complètes qui circulent massivement sur les réseaux sociaux. Cette évolution rapide et la vitrine qui lui est accordée alimentent la fascination, mais aussi l’inquiétude de voir des métiers disparaître.

 

Selon deux enseignants du programme Techniques d’animation 3D et synthèse d’images, Étienne Du Berger et David Marcotte, l’IA transforme la pratique en entreprise, impactant majoritairement le travail des juniors. Leurs tâches sont partiellement automatisées grâce aux outils d’IA, mais la formation technique demeure essentielle pour comprendre les étapes de production.

 

« Dans l’industrie du cinéma et du jeu vidéo, on peut maintenant arriver parfois vite à 80 % d’une production avec l’IA et se dire “wow”. Mais le dernier 20 %, c’est souvent 80 % du vrai travail », résume Étienne Du Berger. En effet, finaliser un projet nécessite la validation technique, la cohérence artistique, l’adaptation aux contraintes du client et l’intégration dans un pipeline collectif, notamment.

 

Une qualité variable… et encore de grandes lacunes

Si les images générées par l’IA impressionnent sur les réseaux sociaux, elles montrent aussi rapidement leurs limites lorsqu’on les place dans un contexte de production réel. « Ce qu’on voit sur les réseaux sociaux, c’est de la création sans contrainte. En production de film ou de jeu, il y a des départements, des clients, des révisions et des ajustements constants », souligne David Marcotte.

 

L’IA peut produire des images séduisantes, mais elle peine encore à livrer des modèles propres, déformables, cohérents et durables. « La qualité de l’IA est très variable. Elle peut donner une illusion de travail terminé, mais dès qu’on doit aller plus loin, on se heurte à ses lacunes techniques », ajoute David Marcotte.

 

L’IA excelle à l’étape du prototypage, pour explorer rapidement des idées, tester des formes, valider une intention visuelle ou narrative. En revanche, elle devient beaucoup moins efficace lorsque vient l’étape de la production, pour peaufiner des livrables finaux, destinés à être animés ou intégrés dans un projet complexe.

 

« En production, ça ne fonctionne pas tel quel. Il faut repasser derrière, reconstruire proprement, corriger, adapter », explique Étienne Du Berger. C’est précisément là que la formation prend toute sa valeur : comprendre les bases, les structures et les standards de qualité.

 

Conscient des transformations en cours, le personnel du programme d’animation 3D et synthèse d’images travaille activement à rester aligné sur les réalités du marché du travail. « On est en concertation avec l’industrie, autant en cinéma qu’en jeu vidéo, pour comprendre comment l’IA est réellement utilisée et quelles compétences sont attendues des finissantes et finissants », explique Étienne Du Berger. Cette veille permettra d’intégrer l’IA de manière réfléchie au programme, en complément des bases techniques essentielles.

 

Au-delà du cinéma et du jeu vidéo

Pour prendre la pleine mesure de l’avenir lumineux du domaine de l’animation 3D, Il est aussi important de décloisonner les rêves professionnels des élèves. Bien que le cinéma et le jeu vidéo soient des secteurs inspirants, ils ne représentent qu’une partie du vaste champ d’application de la 3D.

 

« Il y a encore beaucoup d’élèves qui rêvent uniquement de Pixar ou d’Assassin’s Creed. Mais la 3D est partout », rappelle David Marcotte. En effet, des laboratoires dentaires utilisent la 3D pour concevoir des prothèses à partir de scans. Le secteur spatial l’utilise aussi pour la simulation, la visualisation et la recherche… Ainsi, des jeunes qui s’intéressent à ces domaines, tout comme à l’industrie automobile, l’architecture, la construction ou la médecine, trouveront leur compte en animation 3D.

 

La démocratisation de l’animation 3D ouvre de nouvelles perspectives d’emploi et permet à des profils variés de trouver leur place.

 

Former le personnel enseignant

Afin d’assurer une cohérence pédagogique, David Marcotte, un des enseignants les plus expérimentés en IA, offrira une formation à ses collègues du programme. « L’objectif, c’est que toute l’équipe soit sur le même diapason. Que peu importe le cours, les élèves reçoivent un discours cohérent et réaliste sur l’IA », précise-t-il.

 

Selon lui, les élèves d’aujourd’hui seront dans une position enviable : ils maîtriseront à la fois les méthodes traditionnelles et les nouveaux outils d’IA. « Les élèves qui sortent maintenant vont être très forts. Ils connaissent le “avant” et le “après” de l’IA. Dans dix ans, ce sont eux qu’on va appeler quand ça va bloquer », conclut-il.

En images