Cet article s’inscrit dans une série consacrée à l’intégration de l’intelligence artificielle dans les programmes du Cégep de Matane. Les avancées technologiques redéfinissent les pratiques pédagogiques et professionnelles de façon continue. Cette série propose un éclairage sur les initiatives mises en place en 2026 et reflète l’état des lieux à ce moment précis.
Copier-coller sans comprendre… avec l’intelligence artificielle, le risque de passer à côté des apprentissages est bien réel au programme Techniques d’informatique. Rapidement, l’équipe a pris conscience de la nécessité de s’entendre sur une série de mesures appliquées à chaque session, tout en établissant une courbe d’apprentissage cohérente. « On ne pouvait pas dire aux élèves : n’y touchez pas pendant trois ans, puis apprenez ça sur le marché du travail » souligne d’emblée Ken Bourgoin, enseignant et coordonnateur de département d’informatique.
M. Bourgoin fait partie des collaborateurs de l’enseignante et coordonnatrice du programme d’informatique, Nadine Giasson St-Amand, qui a établi une directive sur l’IA dorénavant présentée aux élèves en début de session.
Ce document de référence vise à démystifier l’IA, montrer ses avantages et ses limites. On y précise également comment son utilisation évolue au fil de la formation. En première année, les élèves peuvent se servir de l’IA pour clarifier des concepts ou des codes. « C’est comme avoir un prof disponible en tout temps… mais il faut quand même faire le travail soi-même. » précise Ken Bourgoin. En deuxième année, l’IA devient un outil d’aide à la résolution de problèmes avancés et les élèves commencent à s’en servir pour générer un peu de code. En troisième année, l’IA est utilisée comme outil pour automatiser des veilles technologiques avancées et les élèves sont même amenés à créer leurs propres modèles d’intelligence artificielle.
« On n’est pas là pour limiter les étudiants, mais plutôt pour les guider. L’IA reproduit les patterns qu’elle a vus qui ne sont pas forcément les meilleures pratiques dans le contexte du mandat des étudiants. Elle peut générer du code obsolète, inadapté, non sécurisé ou inefficace. On souhaite que les étudiants deviennent suffisamment experts pour critiquer ses propositions et les améliorer » résume Nadine Giasson St-Amand.
Plusieurs facteurs expliquent qu’un cours d’intelligence artificielle ait été intégré au devis du programme très tôt, dès 2019. D’abord, le programme d’informatique est orienté vers la programmation de jeux vidéo, où l’IA est omniprésente. Ensuite, l’équipe enseignante collabore depuis longtemps avec le CDRIN, qui fournit de la formation et des exemples concrets d’intégration d’IA. Finalement, l’expérience des enseignants, leur veille technologique et leur intérêt marqué pour l’IA, comme toute autre innovation, contribue à ce que le virage se soit entamé rapidement.
De codeur à analyste
Si l’IA transforme le métier, elle ne le fait pas disparaître. Les perspectives d’emploi en informatique demeurent excellentes puisqu’on assiste à une évolution des fonctions plutôt qu’à l’abolition de postes. Bien que l’IA puisse accomplir une partie des tâches des informaticiens, il faut garder en tête que ces outils-là sont développés par… des informaticiens. L’innovation crée des opportunités et le secteur reste en forte croissance.
Le rôle des informaticiens évolue de la programmation à l’analyse, qui était auparavant réservée aux personnes d’expérience. Les jeunes doivent donc acquérir cette compétence beaucoup plus tôt. Leur capacité de lire, comprendre et valider ce que l’IA génère leur permettra de se démarquer et se tailler une place.
Alors que les transformations technologiques s’opèrent de façon exponentielle, les techniciens ont la responsabilité de perpétuellement poursuivre leurs apprentissages. Dans ce contexte, l’autonomie et l’esprit critique prennent encore plus d’importance. L’enseignant Ken Bourgoin en est conscient : « On les tient par la main au début… puis on les lâche progressivement. Ce qui compte, c’est qu’ils apprennent à chercher, comprendre et expérimenter par eux-mêmes. »